Belledonne, la bien nommée

 

Fond de France (1070 m), commune de La Ferrière, était jadis frontière avec la Savoie, intégrée à la France en 1860. Beaucoup plus récemment, c'est là, au gîte de La Martinette, que nous avons rallié le bonnet rouge de Nadou et le béret noir de Jean-Louis, tous deux ayant orchestré une partition festive pour dix paires de "raquettes en étoile", du 27 décembre au 4 janvier, dans la chaîne de Belledonne.

Andrée, Esther, Francine, Francis, Françoise, Jean-Pierre, Marie, Monique, Roland et Nadou avons été chouchoutés au gîte par nos aubergistes, Valérie et Michel, épaulés par Johann et Irène. Hors les murs, Jean-Louis nous a conduits à la découverte de son royaume, partageant joyeusement ses connaissances de naturaliste, sa réserve de café et ses mémorables digestifs - eau de vie de mirabelles et reines claudes, elixir de crapaudine à feuille d'hysope récoltée sur le massif de la Chartreuse (Hypericum nummularium L., millepertuis nummulaire ou vulnéraire des Chartreux) - systématiquement dégustés à bon escient sur les points culminants. Colette a été l'habile pilote des petits et gros cars qui nous ont véhiculé et qu'elle a chaînés et déchaînés hardiment avec une nette préférence pour les gros !.. Enfin, Icare, le chien de Jean-Louis, nous a toujours largement précédés dans les pentes !..

Dimanche 28 : En avant pour le Crêt du Boeuf et le col du Merdaret (2059 m) ! Traversée d'une forêt d'épicéas enneigés depuis Fond de France jusqu'en haut de la piste de ski du Pleynet. L'écureuil et le bec-croisé des sapins (Loxia curvirostra) hivernent dans les parages après avoir déchiqueté les cônes. La brume est dense, mais nous laisse voir le Cul de la Vieille !.. A partir de midi, il n'y a plus grand chose à voir... car la neige tombe très fort. C'est un vrai test de 900 m de dénivelé. Ouf, tout le monde a suivi et le plus dur est fait !..

Lundi 29 : Nous cheminons sur les crêtes ensoleillées, contemplant, à gauche, la vallée de l'Isère bordée par la Chartreuse (la mine de notre digestif !..) et les sommets : le Puy Gris (2908 m), le Grand Rocher (2926 m). Dans la neige vierge (Icare étant resté à la maison aujourd'hui !..), nous scrutons les traces d'hermine, de martre et de lièvre variable. La martre, prédatrice de l'écureuil, grimpe aux arbres à l'aide de ses griffes pointues. Le lièvre variable se fabrique des raquettes pour l'hiver en recouvrant ses pattes de poils épais !.. Le tétras lyre (Tetrao tetrix, queue en forme de lyre chez la mâle) hiverne ici dans son biotope, à la limite supérieure des forêts. Vue magnifique d'un manteau nuageux sur la vallée. Mines de gypse, mines de fer, effondrements de terrain. Envie d'en savoir plus sur la géologie et l'épopée de la houille blanche.

Pause dans l'auvent hospitalier d'un très beau chalet, avec foyer, cheminée extérieure, bûches, et pancarte pédagogique. Arrivée à l'espace nordique du Barioz. Excellent vin chaud. Retour par le car de 40 places que Colette chaîne et déchaîne si prestement !..

Mardi 30 : Eric remplace Jean-Louis. Nous chaussons à Montarmand (1139 m). Crêtes de Rochefort, croix de Rochefort (1510 m). Pause royale. Lac des Tavernes devenu tourbière. Traces d'écureuil, de loutre, de lièvre, de mulots, de sanglier et de chevreuil. Marie se déchausse pour s'assurer que tout va bien !.. Les arbres ploient sous d'épaisses couches de neige. Qu'à cela ne tienne, le groupe crée aussitôt le Mouvement de Libération des Arbres (MLA) !.. Une tactique est mise au point : les bâtons frappent les branches, la ramure déneigée se redresse, plus d'un mètre aux meilleurs coups acclamés par les cris joyeux des militants gratifiés !.. Eric nous enseigne une règle simple pour distinguer entre brume et brouillard : "si tu vois ta main, c'est de la brume... sinon, c'est du brouillard !" Sentier du fer. Passage au Jeu de Paume (1150 m). Ascension totale : 627 m.

Mercredi 31 : Icare est de retour. Jean-Louis est confus d'avoir oublié sa fiole de crapaudine. Jean-Pierre a vainement cherché la clé de son sac de couchage dans un dortoir turbulent !.. Nous cheminons sur le versant des loups, neuf adultes et deux louveteaux ayant été dénombrés ici et identifiés par des enregistrements vocaux. La neige, elle, n'enregistre aujourd'hui que les traces du chamois et de l'écureuil !.. Jean-Louis s'avance en éclaireur sur le chemin escarpé, Marie exécute joyeusement la galipette qui lui faisait envie !.. Mont Mayen (1518 m). Descente le long du Veyton, impétueux affluent du Bréda où Jean-Louis apprécie tant de pêcher à la mouche.

Tenues élégantes dès l'apéritif avant le réveillon somptueux de la Saint Sylvestre en compagnie festive d'une cinquantaine de convives. Assiette de foie gras, assortiment de salades, terrine de Saint Jacques aux épinards avec filets de Saint Pierre et de merlan, cuisses de canard sauce morilles, poêlée de châtaignes aux girolles et aux poires, plateau de fromages, framboisier. Vin blanc : Côte de Gascogne, Nuit d'automne. Vin rouge : Beaume de Venise. Champagne, musique, danse, rires, embrassades et meilleurs voeux !

Jeudi 1er : Grasse matinée, mais sortie des plus vaillants (ils se reconnaîtront) !..

Vendredi 2 : Départ au Plan de la Vache (850 m) pour atteindre la Croix du Léat (1825 m). Pique nique au chalet du Bout (1398 m), un refuge authentique de quatre places avec un poêle et des bûches, offrant une vue superbe depuis la table et les bancs de sa terrasse aménagée. Froid de canard en plein soleil. Contemplation des "sapins Henri IV" âgés de quatre siècles. Poursuite de l'ascension jusqu'à la Croix du Léat. Descente dans les rhododendrons des alpages avant de retrouver les belles pessières (forêts d'épicéas) dominants la vallée profonde et sauvage du Haut Bréda.

Samedi 3 : Départ du gîte et début d'ascension au bord du Pleynet. Montée des Sept Laux. Arrivée au Chalet du Gleyzin de la Ferrière (1605 m). Le froid, sans soleil cette fois, nous stimule pour gravir l'arête et atteindre les rayons bienfaisants au sommet de Jas Gaillard. Pique nique debout. Toboggan dans la poudreuse. Descente terminale sur le sentier joliment tracé par l'association d'aide au retour à l'emploi !.. La cascade du Pissou, splendide, est figée par le gel. Au gîte, pot de l'amitié et retour d'expérience avec Jean-Louis, professionnalisme oblige !

Vivement l'été pour faire le Tour du Pays d'Allevard avec les fines équipes dont le CIHM a le secret.

 

Francis, remerciant Francine et Nadou pour leurs photos